Enseignements tirés de la mise en lien de l’IITA avec le Service de surveillance financière

  • 13 Mai 2019

Steven Flower headshot

Cet article a initialement été publié sur le site du Centre for Humanitarian Data (Centre de données humanitaires). Il a été rédigé par Steven Flower, consultant auprès du Centre et du président du Groupe consultatif technique de l’IITA.

Le Centre de données humanitaires et l’organisation Development Initiatives coorganisent les 13 et 14 mai un atelier sur la transparence, le partage d’informations et les données auquel participeront les organisations signataires du « Grand Bargain ». Il s’agit d’un accord entre donateurs et organismes d’aide du secteur humanitaire en faveur d’une plus grande transparence financière et d’une simplification des exigences relatives à la publication d’informations.

FTS

Au cours de cet atelier, nos collègues du Centre présenteront l’avancement de notre projet pilote relatif à l’amélioration du partage automatisé de données financières entre les donateurs et le Service de surveillance financière du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Le Centre de données humanitaires et le Service de surveillance financière travaillent de concert pour soutenir l’ingestion de données au format de l’IITA, à travers une approche fiable, normalisée et évolutive en matière de gestion des flux d’aide financière.

Pour ceux d’entre vous ayant une connaissance limitée dans ce domaine, l’IITA est une norme de publication ouverte de données financières relatives aux interventions humanitaires et de développement. Le Service de surveillance financière établit quant à lui des compte rendus sur les engagements et contributions financières humanitaires. Ensemble, ils jouent un rôle crucial dans le renforcement de la transparence au cœur du « Grand Bargain ».

Grand Bargain

Voici un aperçu des résultats de ce projet pilote entre l’IITA et le Service de surveillance financière, dont nous dévoilons les réussites majeures, les principaux défis et les enseignements tirés.

Avancement du projet

Au cours de l’année passée, cinq organisations ont expérimenté l’utilisation de la norme de l’IITA dans le cadre de la communication de leurs données au Service de surveillance financière de l’OCHA. Il s’agit du Comité international de secours, du ministère néerlandais des Affaires étrangères, des fonds de financement commun de l’OCHA pour les pays, du ministère du Développement international du Royaume-Uni et de l’Agence des États-Unis pour le développement international.

Nos réalisations :

  • Nous avons aidé chacun de ces partenaires signataires à vérifier, améliorer et tester leurs données au regard de la norme de l’IITA, en vue de l’utilisation de ces données par le Service de surveillance financière.
  • Nous avons commencé à ingérer des données dans le cadre de différents essais, en assurant une continuité pour les partenaires utilisant les données du Service de surveillance financière et en développant une meilleure connaissance du degré d’ingestion possible des données de l’IITA.
  • Nous avons élaboré des directives sur l’utilisation de la norme de l’IITA à des fins de publication de données humanitaires, qui constitueront un complément utile aux directives déjà établies.
  • Nous avons amélioré et conservé des listes de codes humanitaires clés (codes et listes de projets du Plan d’intervention humanitaire).

Les signataires de l’IITA ont dû devenir également utilisateurs des données. Les données de l’IITA et du Service de surveillance financière étant soumises à de nombreux processus sous-jacents, les organisations ont dû repérer les divergences pouvant survenir dans leurs résultats.

Réussites majeures

  1. Les organisations ont apporté de nombreuses améliorations (attendues et inattendues) à leurs données publiées conformément à la norme de l’IITA. Outre l’enrichissement prévu de leurs données de l’IITA par l’adjonction des champs humanitaires spécifiques définis, des améliorations ont également été apportées grâce à un travail d’analyse et d’évaluation en continu. Afin d’optimiser l’ingestion de données relatives aux transactions, une référence unique a par exemple fait l’objet d’un débat avant d’être mise à l’essai par les cinq signataires. Au-delà de considérations relatives à l’ingestion par le Service de surveillance financière, nous espérons que ces améliorations permettront à tous de bénéficier de données plus utiles.
  2. Les signataires de l’IITA ont dû devenir également utilisateurs des données. Les données de l’IITA et du Service de surveillance financière étant soumises à de nombreux processus sous-jacents, les organisations ont dû repérer les divergences pouvant survenir dans leurs résultats. L’adaptation des données de l’IITA a également fait ressortir l’importance d’utiliser ces données. Les organisations ne peuvent pas se contenter de publier leurs données conformément à la norme de l’IITA, sans se soucier de la capacité du Service de surveillance financière à ingérer ces données. Il est essentiel qu’elles comprennent ce qu’elles communiquent à travers leurs données et ce qu’elles en font. Les fonds de financement commun de l’OCHA pour les pays, par exemple, ont ajouté toutes les contributions des donateurs à leurs données de l’IITA et ont repensé leurs attributions de façon à intégrer la « subvention totale » comme promesse de transaction. Ces améliorations sont apparues grâce à une réflexion quant à l’usage qui serait fait de leurs données.
  3. L’ingestion des données a conduit à un certain degré d’automatisation. Nous avons testé et triangulé les données de l’IITA au sein du système du Service de surveillance financière, rendant ainsi plus visibles les gains d’efficacité à plus long terme. Nous allons pouvoir créer un algorithme pour repérer les schémas récurrents au sein des données de l’IITA et d’autres sources. Ce travail nous permettra de comprendre comment l’ingestion des données de l’IITA peut automatiser certains flux de travail, tout en dégageant du temps pour la curation manuelle, essentielle et souvent incontournable.

Difficultés rencontrées

  1. Les données de l’IITA varient d’un signataire à l’autre. Si l’existence d’une norme est certes utile pour harmoniser les données sur le plan de la forme et de la structure, ces données présentent dans les faits une portée et un niveau de détail variables. La notion d’« activité de l’IITA » revêt pour chacun de nos cinq partenaires pilotes une signification différente, et peut même revêtir plusieurs acceptions chez un même partenaire. La perspective d’une automatisation complète de l’IITA paraît dès lors peu envisageable.
  2. Les organisations ont aujourd’hui des façons différentes d’exprimer les mêmes données. Dans la plupart des organisations, les données de l’IITA et celles du Service de surveillance financière ne sont pas gérées par les mêmes équipes. En analysant ces deux sources, nous avons repéré un certain nombre de différences, subtiles ou importantes, dans leurs compositions respectives. Un flux financier du Service de surveillance financière peut par exemple être composé de plusieurs transactions de l’IITA. Un consensus s’impose pour déterminer les données pertinentes.
  3. Les informations sur la planification de l’aide humanitaire ne reflètent pas toujours les données opérationnelles disponibles. Nous avons été confrontés à ce problème à plusieurs reprises avec le « code projet ». Les données relatives aux projets sont essentielles pour comprendre la visée des plans d’intervention humanitaire, eux-mêmes indispensables au Service de surveillance financière pour suivre l’avancement des projets. Or, il existe souvent une déconnexion entre les données relatives aux projets et les données relatives aux actions réalisées. L’établissement d’un lien entre ces données représente l’un des défis de notre projet pilote.

Il existe une forte demande d’intégration. Nos signataires pilotes ont investi du temps et de l’argent à cet égard.

Principaux enseignements

  1. Il n’y a pas de solution miracle. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que la disponibilité de données de l’IITA lisibles par machine efface tout ce qui a été fait auparavant. Au début, cela semblait plus plausible, puisque la principale exigence était simplement de se conformer à la norme de l’IITA. Or, nous devons maintenant répondre aux nouvelles difficultés apparues, en particulier en ce qui concerne le contrat de données entre le producteur et l’utilisateur.
  2. La collaboration améliore la compréhension des données. L’équipe du Service de surveillance financière entretient des relations de longue date avec une grande variété d’acteurs humanitaires. L’introduction d’une norme relative aux données peut constituer une gêne et une difficulté dans les flux de travail habituels avec ces acteurs. L’expérience nous a appris que l’itération et la communication entre utilisateurs peuvent faciliter la compréhension mutuelle de leurs besoins respectifs.
  3. Il existe une forte demande d’intégration. Nos signataires pilotes ont investi du temps et de l’argent à cet égard. Il existe une réelle demande pour éviter la double publication des données, conformément aux objectifs du « Grand Bargain ». L’application de bonnes pratiques incitera d’autres acteurs à prendre des mesures similaires et à harmoniser leurs produits.

Prochaines étapes

Si la publication de données est une condition essentielle de tout engagement en faveur de la transparence, ces données doivent être accessibles et exploitables pour pouvoir garantir une prise de décisions plus éclairée, une responsabilité accrue et un meilleur apprentissage. D’ici juillet 2019, nous espérons que les cinq organisations pilotes transfèreront toutes leurs données de l’IITA au Service de surveillance financière, de façon automatisée ou semi-automatisée.

Centre for humanitarian data

L’objectif à long terme est que les organisations aient recours au modèle de l’IITA pour communiquer à la fois leurs dépenses de développement et leurs dépenses humanitaires. Pour encourager ce mouvement, nous produirons un document d’orientation portant sur la façon dont d’autres organisations peuvent communiquer leurs données au Service de surveillance financière en reprenant leurs données IITA.

Afin de rendre ces données plus accessibles aux acteurs de l’humanitaire, le Centre a ajouté des ensembles de données par pays relatives aux actuelles activités d’aide de l’IITA sur le site Humanitarian Data Exchange (HDX). Le Centre soutient également les discussions internes en faveur d’une meilleure coordination du partage de données de l’IITA par l’OCHA, y compris en matière de publication de données institutionnelles internes.

Si vous avez des idées à suggérer au Centre de données humanitaires pour rendre les données de l’IITA plus utiles à la communauté humanitaire, n’hésitez pas à nous en faire part en écrivant à l’adresse centrehumdata@un.org. Nous remercions les gouvernements des Pays-Bas, des États-Unis et du Royaume-Uni pour leur soutien à ce projet.